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Livret des lectures

Valorisation de l'écrit par l'oral.

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TOUT UN POEME

Bandeau poème 2

 

La poésie est un monde enfermé dans un homme, écrivait Victor Hugo et, pour Federico Garcia Lorca, elle est la rencontre de deux mots que personne n’aurait pu imaginer ensemble. Les lectures proposées ici invitent le spectateur au glissement dans les imaginaires du langage et au plaisir de l’étonnement.

 

 

MÉMOIRES DU VENT  / de Adonis

« Je porte mon abîme et je marche. J’anéantis les chemins qui s’achèvent, j’ouvre les chemins longs comme l’air, comme la poussière, créant de mes pas des ennemis, des ennemis à ma mesure. L’abîme est mon oreiller, les ruines sont mes intercesseurs. »

Lu par Estelle Meyer

 


 

LETTERA AMOROSA  / de René Char

« Lunes et nuit, vous êtes un loup de velours noir, village, sur la veillée de mon amour.

« Scrute tes paupières », me disait ma mère, penchée sur mon avant-sommeil d’écolier. J’apercevais flottant un petit caillou, tantôt paresseux, tantôt strident, un galet pour verdir dans l’herbe. Je pleurais. Je l’eusse voulu dans mon âme, et seulement là. »

Lu par Estelle Meyer

 


 

 

INSENSÉMENT TON CORPS de Marcel Moreau

« Je suis un obsédé du roman de ton corps, où tout est un héros puisque rien n’y est de marbre. Je suis un obsédé des offrandes de ton corps, où tout est prodigué puisque rien ne s’y lésine. Je suis un obsédé des houles de ton corps, où tout m’arrive en mer puisque rien ne m’en débarque. Je suis un obsédé du détroit du ton corps, où tout vaut que je coule puisque rien n’y a de fond… » 

Lu par Marie-Noëlle Viviani

 


 

ODE MARITIME  / de Fernando Pessoa

« Dans un monde moderne où la réalité est fortement mise en doute par le virtuel, faire entendre le poète portugais dans ce qu’il a de plus violent et de plus délirant revient à plonger dans ce que la création artistique a de plus nécessaire. Dans cette Ode maritime, on se brûle aux limites d’un univers de violence et de cruauté, magnifié par un lyrisme débordant, rageur, extrême. Il n’y a que Pessoa pour évoquer le chaos du monde en agençant les mots d’une façon aussi précise, aussi structurée. » (Jean-François Perrier)

Ah, tout quai est une saudade en pierre !
Et quand le navire se détache du quai
Et que l’on remarque d’un coup que s’est ouvert un espace
Entre le quai et le navire,
Il me vient, je ne sais pourquoi, une angoisse toute neuve,
Une brume de sentiments de tristesse
Qui brille au soleil de mes angoisses couvertes de gazon
Comme la première fenêtre où l’aurore vient battre,
Et qui m’entoure comme un souvenir d’une autre personne
Qui serait mystérieusement à moi

Lu par Stanislas Roquette

 


 

PAS REVOIR / QUAND JE ME DEUX / de Valérie Rouzeau

« Comme son père qui récupérait cartons, casseroles, cuivre rouge, aluminium ou nickel, Valérie Rouzeau recycle par bribes des lambeaux de mélodies, des miettes de souvenirs, des bris d’émotions ; elle feraille dans l’or du temps… »  André Velter (Le Monde).

Le ciel se danse.
Parfois le soleil juste en face.
Je prends son vélo à mon père.
En vitesse rayonnant comme libre.
Cadre d’alu, vaches légères.
Plateaux pour leurs panses montgol-
fières.
Toujours librement des rayons.

Lu par Marie-Noëlle Viviani