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Livret des lectures

Valorisation de l'écrit par l'oral.

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NOUVELLES ET COURTS RECITS

livre ouvert recadré

 

« L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. » Charles Baudelaire

 

 

UNE COUSINE SANS CHARME  / de Carlos Fuentes

Cette nouvelle est extraite du recueil Le Bonheur des familles (Ed. Gallimard, 2009) qui explore les relations familiales dans leur intimité la mieux gardée et fait voler en éclats idées reçues et principes. Jesús Aníbal est marié à une belle femme, Ana Fernanda. Mais, c’est à l’occasion d’une réunion familiale qu’il va rencontrer Valentina, dont la laideur est évidente pour tous les membres de la famille. Cette rencontre va être une véritable révélation érotique et amoureuse pour Jesús Aníbal, au-delà de toute attente…

… ne cherche pas à comprendre, non simplement accepte ceci : parce que tu es comme tu es tu m’as conquis tu es mon plaisir inconnu chaque minute de ton temps emplit le sablier vide qu’était mon âme Valentina quelle joie nous nous agitons tous les deux côte à côte essaie de me maltraiter mon amour et tu verras que tu auras beau me faire du mal jamai tu ne parviendras à détruire ce bonheur que tu me donnes…

Lu par Marie-Noëlle Viviani

 


 

LE CAFÉ DE L’EXCELSIOR  / de Philippe Claudel

L’auteur évoque la figure de son grand-père, tenancier d’un petit bistro « étriqué », et retourne « au pays lointain de ses dix ans ». Il raconte avec tendresse les trois années passées au côté de ce grand-père, au fil des jours passés en compagnie des habitués de l’estaminet. « Dans une prose nette, polie comme un zinc par le temps, Philippe Claudel rend bien la poésie des assommoirs qui sont autant un lieu d’oubli qu’un petit paradis vu par des yeux d’enfant ». Pierre Hil, Le Matricule des anges.

J’aimais Grand-père comme on aime à huit ans : avec ferveur et vénération. Et même si le curé que je servais chaque dimanche sous mon aube gauffrée ne lui avait pas encore trouvé d’autel ni de niche en son église, j’étais certain que mon Grand-père parvenait quand il le voulait à tutoyer les anges et à discuter de la pêche au brochet, des chanterelles en tube et de l’odeur un peu surette des pommes blettes, avec Saint-Pierre ou la Vierge Marie.

Lu par Lionel Lingelser

 


 

LE VOYAGE D’HIVER (… et ses suites) / de Georges Perec

Le Voyage d’hiver a bien des intrigues communes avec les nouvelles fantastiques qui ont fait la renommée d’Edgar Allan Poe, même s’il ne porte pas la bannière du genre. Dans ce petit laboratoire de poche, Perec mélange savamment citations et soupçons de sorcellerie. En effet, malgré l’absence totale de surnaturel, l’angoisse affleure rapidement à la surface du texte. Le décor, la bibliothèque perdue dans une demeure familiale du Havre, un malaise, les italiques inquiétants, suffisent à envoûter et à faire naître les questions. La lecture de ce texte est augmentée d’extraits de suites écrites par les auteurs oulipiens en complément du récit perecquien.

Dans la dernière semaine d’août 1939, tandis que les rumeurs de guerre envahissaient Paris, un jeune professeur de lettres, Vinenet Degraël, fut invité à passer quelques jours dans une propriété des environs du Havre qui appartenait aux parents d’un de ses collègues, Denis Borrade. La veille se son départ, alors qu’il explorait la bibliothèque de ses hôtes à la recherche d’un de ces livres que l’on s’est promis depuis toujours de lire, mais que l’on n’aura généralement que le temps de feuilleter négligemment au coin d’un feu avant d’aller faire le quatrième au bridge, Degraël tomba sur un mince volume intitulé Le Voyage d’hiver, dont l’auteur, Hugo Vernier, lui était absolument inconnu, mais dont les premières pages lui firent une impression si forte qu’il prit à peine le temps de s’excuser auprès de son ami et de ses parents avant de monter lire dans sa chambre.

Lu par Lionel Lingelser

 


 

AMOURS D’OCCASION, L’Aliment de l’artiste et L’Extrême-onction  / d’Enrique Serna

Enrique Serna a reçu le prix Mazatlán de littérature. Gabriel Garcia Marquez dit de lui qu’il est un des plus grands écrivains mexicains contemporains. C’est avec le recueil Amours d’occasion qu’il se fait connaître en France. Dans ses histoires, il décrit une ville de Mexico remplie d’êtres marginaux et désespérés, sans jamais se départir cependant de son humour et de sa verve satirique. 

Vous allez penser elle est drôlement gonflée, elle vient de s’en fumer un cette vieille peau, un vrai moulin à paroles en plus, mais c’est ce que je voulais vous demander quelque chose d’un peu spécial, comment j’pourrais vous dire, une faveur un peu particulière, et comme je n’aime pas les malentendus, autant commencer par le commencement, non ? autant vous mettre au parfum.

Lu par Jérémie Bédrune

 


 

CAPRICE DE LA REINE,  Vingt femmes dans le jardin du Luxembourg et dans le sens des aiguilles d’une montre, Nitrox, Trois sandwiches au Bourget  / de Jean Echenoz

Publiés à l’origine dans des revues ou des livres d’art, ces sept courts récits rassemblés sous le titre de Caprice de la reine, montrent la maîtrise d’un art narratif ayant atteint son point d’équilibre. Un sens elliptique du récit, mélange syntaxique de vitesse et de nonchalance, fait que choses et mots se détachent et se déposent dans une sorte de brouillard vide, avec circonspection et une familiarité distanciée. 

Le premier samedi du mois de février, m’étant couché très tard la veille, je me suis levé très tard et j’ai décidé d’aller manger un sandwich au Bourget. Cette résolution, je la méditais depuis un certain temps. (Trois sandwiches au Bourget) 

Prenons par exemple, assise dans une cellule vide et cubique d’apparence carcérale, une jeune femme nommée Céleste Oppenheim. Elle consiste en une grande et belle personne à cheveux noirs coupés au carré, à l’expression indifférente mais au regard aigu, son visage et ses formes sont assez frappants pour lui assurer d’être aussitôt retenue dans n’importe quel casting cinématographique, publicitaire ou couturier. (Nitrox)

Lu par Sofia Teillet

 


 

NEIGE SILENCIEUSE, NEIGE SECRÈTE  / de Conrad Aiken

Conrad Aiken nous livre ici l’une de ses nouvelles les plus bouleversantes. Nous pénétrons dans un royaume de neige perçu et éprouvé par le jeune Paul Hasleman, âgé de 12 ans. Peu à peu happé par la magie de son monde, Paul éprouve les plus grandes difficultés à répondre aux nécessités du quotidien, aux questions qu’on lui pose à la maison avec ses parents, à l’école avec la maîtresse, puis avec le médecin contre le pouvoir duquel, surtout, il se voudrait ne pas faire figure « d’un cas ». Paul cherche à préserver son secret (le secret de la neige), sans blesser, cependant qu’il lui devient aussi de plus en plus difficile de le taire… Dans ce texte inouï, où la folie côtoie le conte, rien n’est enfermé. Merveilleux.

C’était comme s’il essayait de mener une double vie. D’une part il devait être Paul Hasleman, et continuer à donner l’impression d’être cette personne – s’habiller, se laver et répondre intelligemment quand on lui parlait, de l’autre il devait explorer ce monde nouveau qui s’était ouvert à lui.

Lu par Marie-Noëlle Viviani